Y a-t-il un dragon au Parc Mozart ?
Selon la légende, il y en a eu un tout proche, au Rocher-du-Dragon.
Rassurons-nous tout de suite, Aix, Avignon, Tarascon, Beaucaire… chaque localité respectable en Provence, avait le sien.
Cette entité imaginaire recueillait toutes les frustrations d’un peuple latin, puis médiéval , qui transférait des peurs irrationnelles dans une carapace multiforme porteuse de toutes menaces létales et vengeresse.
Il en était construit une représentation aussi effrayante et redoutable que possible, que l’on immolait symboliquement afin de conjurer désastres et imprévus.
Le Rocher
Licinus, dandrophore à Aqua Sextiae, quittant sa villa sise au pied du Montvert, — l’actuel Parc Mozart — allant aux bains Sextius, passait devant un étrange rocher dont la taille et la composition suscitaient légendes et interprétations.
Il semblait composé d’ossements et autres restes difficiles à identifier qui furent à la source d’extrapolations des plus audacieuses.
Émergeant, quelque part entre l’avenue de Lattre de Tassiny et l’hopital, —probablement Allée des Musiciens— ce monceau de pierre gênait les urbanistes du XIXe siècle.
Il fut détruit vers 1760 au grand dam des croyants qui élevèrent un oratoire en lieu et place afin de continuer leur dévotion à Saint-André vainqueur du dragon.
Au XVIIIe siècle, naturalistes et paléontologistes dévoilent le mystère : les concrétions et entrelacements d’os qui semblaient composer le rocher étaient des fossiles de ruminants et autres vertébrés, aucune trace de restes humains. Les carapaces et restes monstrueux de la légende, appartenaient sans doute, au passé géologique de la Provence qui hébergeait de nombreux dinosaures dont on retrouve encore les œufs fossilisés aux pieds de Sainte Victoire .
Plus de mystère ! Pourtant, demeure la singularité de ce monticule qui agglomérait autant de fossiles différents en un seul rocher ; peut-être était-il l’œuvre géologique d’un très vieux marécage fossilisé ?
Les croyances et rituels
Dès le XIe siècle, il est attesté des croyances et pratiques occultes autour de cet amoncellement atypique d’os et carapaces qui faisait croire qu’il s’agissait des restes des proies du monstre qui l’habitait.
Il était devenu notoire que la tarasque affectionnait les chairs humaines ou animales. Qu’il démembrait, dévorait et déposait les restes en un tumulus gigantesque.
Ce dragon (du latin draco : serpent géant au regard hypnotique) ou tarasque (du gaulois taras : pierre) mordait, griffait, piquait. Il était doté d’ailes ou de carapace et d’une férocité à la hauteur des sinistres et désastres qu’il incarnait.
Offrandes et invocations sincères avaient réputation de conjurer les sorts et d’amadouer le monstre. Pourtant, il fallu l’intervention de Saint-André pour assagir la bête au cours d’un combat singulier où le valeureux cavalier infligea une défaite vigoureuse et salvatrice au locataire du rocher.
De païens, les rituels devinrent religieux puis, processionnaires au cours du XIIe siècle. Jusqu’aux portes du XIXe siècle une longue Rogation faisait le tour de la ville pour aller brûler un dragon de papier chargé de tous mauvais augures, sur l’autel de Saint André, oratoire dressé à l’emplacement présumé, du rocher détruit fin 1700.
Le « rocher du dragon »
Convaincus de fallacies païennes et religieuses, certains urbanistes de la seconde moitié de 1700 décident de se débarrasser de ces affleurements calcaires qui gênaient des implantations urbaines ou agricoles.
À l’aide de poudre à canon ils eurent tôt fait de détruire le rocher, cette relique géologique dont il a été laborieux de garder quelques fragments au Musée Granet.
Fragments, malheureusement trop peu nombreux pour tenter un inventaire exhaustif de la composition du gisement qui, selon des descriptions orales, était un enchevêtrement ossuaire de toutes sortes et toutes espèces.
Sur la base de son échantillon, le Musée Granet confirme la présence de fossiles de vertébrés…
Il n’y a jamais eu de dragon sous le rocher
mais, le rocher était à lui seul un mystère
alors, il y eut un rocher pour un dragon.
Le dragon du rocher
devint
Le Rocher-du-Dragon
Iv.S
mi août 2026